Auguste Binot

Auguste Binot (1839 - 1911) épousa Cécile Hénon (" la famille Jaillard ", 1/2, supplément au n° 47, 4,C35), cousine issue de germains de Louis Jaillard, lui-même grand-père d'Henri Jaillard, Lison [Louise] de Raucourt de Magdeleine Lepercq.

µ

Vivre, c'est aimer !

N'ayant plus aucune mémoire et étant trop ordonné, je ne retrouve pas les notes prises au cours de mon passage à Ancy-le-Franc. Si j'avais moins d'ordre, je chercherais directement dans les papiers non rangés, mais voilà

Mon problème est de vous présenter, malgré cela, deux de nos ancêtres parmi les moins bien connus de nous, Nicolas Binot et Auguste Binot. Tout d'abord un rappel : Nicolas genuit Auguste, Auguste genuit Maurice, Maurice genuit Édouard, de qua natus sunt Françoise, Janine, Jean-Joël, Nicole, Fabienne, Annick Marie-Pierre, Patrick et la petite Claudine, etc., etc., etc. ; au total, pas loin de cent cinquante personnes.

De Nicolas, nous ne savons encore presque rien pour l'instant. Il est né le *** à Ancy-le-Libre près de Tonnerre (Yonne). Il vécut à Ancy-le-Franc, à quelques kilomètres de là, en tant que manuvrier. Sa femme, Reine Croizet, était journalière. Ils eurent trois enfants, dont deux moururent à quelques jours ou mois. Nicolas mourut lorsque son fils Auguste atteignit 12 ans, soit en 1851.

Auguste, grand-père d'Édouard, naquit le 31 juillet 1839 à Ancy-le-Franc. Nous savons, par le sermon du célébrant de son mariage qu'il quitta Ancy-le-Franc : " à 14 ans, vous quittiez vous-même votre pays, rêvant un avenir que votre âme énergique et laborieuse vous faisait entrevoir, vous vous présentiez dans la famille de votre oncle sans autre préambule que votre volonté de faire quelque chose " et " vous acquîtes bientôt le rang, non plus d'un parent, mais d'un fils bien aimé. "

Sa mère, " chrétienne dont vous faites maintenant la joie et qui vous accompagne de loin de ses vux les plus tendres ", n'assistait pas à son mariage, mais tout semble montrer dans la suite qu'il lui accordait une attention permanente. Pourquoi, veuve, n'était-elle pas montée à Paris, où son fils réussissait ? Pourquoi ne l'y a-t-il pas fait monter lorsqu'il en eut les moyens ? Qui, avec la famille de l'oncle, a participé à l'éducation de ce jeune orphelin ? Mme Duvivier, que vous connaissez tous, y a-t-elle participé, elle qui signait ses lettres à Auguste : " votre vieille mère " ? Il se peut aussi que ce soit un " instituteur chrétien dont le souvenir doit être rappelé ici parce qu'après avoir été votre maître il est devenu votre ami et que ses conseils, vous aimez encore à les entendre et à les suivre. "

Quoi qu'il en soit, Auguste devint en 1872 directeur d'un service au ministère des Finances et, par la suite, la mère de son beau-frère lui demanda de prendre la direction de la société familiale, la société Vaugeois, qui devint par la suite Vaugeois et Binot, puis Vaugeois, Binot & Corpet (V.B.C., passementerie, broderie et tissage). Cette direction revint ensuite à Maurice, puis à Édouard, et V.B.C. disparut en 1948 des conséquences de la guerre et des imprudences d'une banque.

Auguste avait un caractère affirmé mais extrêmement bon si l'on en juge par tout le courrier de remerciements qu'il recevait de tous. Il adorait sa femme, comme le montre le courrier qu'il lui écrivit pendant le siège de Paris par les Allemands en 1870-1871. Celle-ci en effet avait quitté Paris avec Maurice, âgé d'un mois, pour se réfugier à Villers-sur-Mer, chez les Vaugeois, puis à Tournai, en Belgique, ce qu'Auguste ignora presque jusqu'à la fin du siège.

Je pense très sincèrement vous mettre bientôt dans le cas de lire cette correspondance intéressante tant sur le plan historique (vie à Paris pendant le siège) que sur le plan sentimental, tellement il aimait sa femme et son bébé Maurice, père d'Édouard, âgé d'un mois au début du siège.

Fasse le Ciel que nos enfants à la sixième génération puissent nous remercier comme nous avons ou aurons l'occasion de remercier Auguste de ce qu'il s'est fait et de ceux qu'il nous a donnés !

Jean-Joël BINOT.

Lundi 1er mai 2000.

µ

Discours de l'officiant au mariage

d'Auguste Binot avec Cécile Hénon

En l'église Saint-Jacques-du-Haut-Pas, 27 octobre 1868.

Mon cher Ami, Mademoiselle,

Il y a huit ans, jour pour jour, l'une de vos deux familles accompagnait aussi de ses vux à l'autel deux jeunes curs qui se donnaient l'un à l'autre. Cette famille, c'était la vôtre, Mademoiselle : un frère bien aimé recevait des mains de la religion la femme que le Seigneur lui avait choisie dans ses infinies miséricordes, et si les jours se sont écoulés nombreux depuis cette époque, le souvenir du bienfait entretenu par les vertus et l'affection de la jeune épouse s'est fortifié dans le cur de votre père, et il a voulu que ce jour qui a fait entrer un nouveau bonheur dans sa maison eût son aimable anniversaire dans l'union que sa bienveillance m'a appelé moi-même à bénir.

[Les grandes leçons de la foi]

C'est que le mariage dans une famille chrétienne, jeunes époux, n'est pas seulement un contrat purement naturel, un coup de dé ou du hasard, c'est une alliance sacrée que Dieu a marquée d'un sceau divin. Écoutez la belle comparaison que saint Paul a consignée dans ses épîtres. Rien sans doute de plus auguste dans la religion que l'alliance de Jésus-Christ avec son Église ; or, tel est, selon cet apôtre, le type glorieux du mariage chrétien. Quelle dignité ! Représenter comme époux le fils de Dieu fait chair ! En qualité d'épouse, devenir l'image de l'Église chrétienne ! L'esprit à cette idée s'élève et s'agrandit ; le cur se dilate se pénètre des plus nobles sentiments.

Mais aussi, quelle conséquence faut-il en tirer ? C'est que l'époux doit être à son épouse et l'épouse à l'époux ce que Jésus-Christ est à son Église et l'Église à Jésus-Christ. Or, Jésus-Christ a donné à l'Église son cur en l'aimant jusqu'à mourir pour elle, il lui a communiqué son esprit par la participation de ses secrets et la révélation de ses mystères ; il lui a laissé son corps dans l'Eucharistie jusqu'à la consommation des siècles. L'Église réciproquement lui a donné son cur par un amour plein de respect et de confiance, son esprit par une soumission entière, et enfin, par une inviolable fidélité, elle ne fait qu'un corps mystique avec lui.

Le premier devoir, c'est donc l'amour, tendre union des curs qui des deux n'en fait qu'un et les dispose à partager ensemble et les biens et les maux, et les joies et les peines, et la bonne et la mauvaise fortune. - Voulez-vous, mes chers Amis, conserver, entretenir, augmenter cet amour, soyez doux et complaisants l'un à l'autre, allez au-devant de vos désirs réciproques ; que l'un renonce à tout ce qu'il saurait être onéreux et pénible pour l'autre ; excusez mutuellement vos torts, les couvrant du manteau d'une douce charité ; que le respect de vous-même protège votre affection. Il est impossible que la différence des caractères, la vie commune ou toute autre raison imprévue n'occasionne pas parfois quelques petits nuages dans la famille, mais alors vous vous rappellerez que la charité est douce et patiente et qu'elle nous dit de porter les fardeaux les uns des autres - une parole affectueuse, un procédé délicat dissiperont bientôt le nuage et ramèneront le soleil.

Le fils de Dieu communique à son Église son esprit, et c'est par cet esprit qu'il la gouverne et qu'il lui révèle ses secrets et ses mystères ; et l'Église réciproquement sacrifie à Jésus-Christ son esprit par une soumission parfaite à ses ordres. Ainsi dans le mariage, jeunes époux, le mari, étant le chef, est aussi comme l'âme et l'esprit qui doit gouverner la famille, mais il faut qu'il communique cet esprit à la femme qui lui est unie par une parfaite confiance. C'est sur elle qu'il doit se reposer d'une partie de ses affaires, c'est à sa conduite qu'il doit laisser mille choses qui regardent l'intérieur. Il doit lui faire part de ses craintes et de ses espérances ; en un mot, la femme est l'aide et le secours de son époux pour porter avec lui la charge de la famille.

Jésus-Christ a donné à l'Église son corps dans l'Eucharistie, et l'Église, par sa soumission, ne fait qu'un corps mystique avec lui. Ainsi, les deux époux s'appartiennent mutuellement et ils doivent mettre leur honneur et leur gloire à fuir tout ce qui pourrait porter atteinte à cette inviolable fidélité.

Telles sont, jeunes époux, les grandes leçons que vous donne la foi. Combien, fortifiés surtout par la grâce du sacrement, ne vous seront-elles pas douces à pratiquer ? Vous, mon cher Ami, comment n'aimeriez-vous pas votre jeune épouse? Pour parler avec le serviteur d'Abraham, c'est la femme que le Seigneur vous a préparée.

Dites-moi, Dieu n'a-t-il pas tout fait ? Isaac ne pensait pas à Rébecca quand Dieu conduisit à Eliézer la fille de Betouël [Genèse, XXIV. - NDLR.]. Mais Isaac, élevé par le saint patriarche Abraham, marchait dans les voies du Seigneur, et c'est bien Dieu qui donne les épouses à ceux qui le craignent.

[Volonté énergique et amour divin]

Votre premier âge passé sous les yeux d'une mère chrétienne dont vous faites maintenant la joie et qui vous accompagne de loin de ses vux les plus tendres, dirigé par les soins vigilants d'un instituteur chrétien dont le souvenir doit être rappelé ici parce qu'après avoir été votre maître il est devenu votre ami et que ses conseils, vous aimez encore à les entendre et à les suivre ; votre premier âge, dis-je, a été celui d'un enfant pieux. À 14 ans, vous quittiez de vous-même votre pays, rêvant un avenir que votre âme énergique et laborieuse vous faisait entrevoir.

Vous vous présentiez dans la famille de votre oncle sans autre préambule que votre volonté de faire quelque chose, et dans cette famille patriarcale où vous n'étiez entré pour ainsi dire que par votre volonté énergique, vous acquîtes bientôt le rang, non plus d'un parent, mais d'un fils bien aimé. À l'appui le plus dévoué se joignirent les conseils les plus judicieux, et les soins les plus maternels.

Dans cet aimable sanctuaire de piété et de vertu, puis ensuite dans une autre famille bénie aussi de Dieu, où les vertus de la femme forte qui la dirige vous ont fait pressentir ce que serait la vôtre, livré à votre goût pour l'étude, poursuivant en même temps une carrière honorable que vous vous étiez créée vous-même, mais surtout resté fidèle à la piété du premier âge, votre jeunesse fut embellie et soutenue par l'estime et l'affection de tous. - Dussé-je blesser votre modestie, je vous dirai ce que l'évangéliste disait d'un jeune homme : Jesus autem intuitus eum, dilexit eum, " Jésus, l'ayant regardé, l'aima " [Marc, X, 20. - NDLR.]. Il a regardé votre enfance et il a vu que vous répondiez à son amour ; il a regardé votre adolescence et il a vu que pour lui vous triomphiez de vous-même ; il a regardé votre jeunesse et il a vu que vous demeuriez ferme dans la foi, et alors il vous a aimé. Et comme son amour se traduit par des actes, il a conduit vers vous la bonne épouse qui est la part, la bonne part du jeune homme vertueux. Non seulement il vous l'a choisie, mais il a pris soin de la préparer, d'orner son âme, d'éclairer son esprit, de répandre et de faire germer dans son cur les semences les plus fécondes de toutes les vertus chrétiennes.

[La femme de la Bible]

Dieu vous donne pour être votre couronne la femme de nos saints livres : la femme active, mulier diligens, qui répandra autour de vous le mouvement et la vie ; la femme forte, mulier fortis : élevée dans des habitudes simples et modestes, entourée d'exemples qu'elle puise au sein même d'une famille nombreuse, elle sait qu'une vie passée dans les vains amusements du siècle est indigne d'une femme chrétienne.

Il vous donne la femme sage et prudente, mulier sapiens, qui bâtira votre maison au moyen du travail, de l'ordre, et d'une industrieuse direction.

Il vous donne la femme sensée, mulier sensata, qui vous éclairera de ses conseils, et souvent peut-être, nouvelle Abigaïl, par la délicatesse de ce tact qui n'appartient qu'à la femme judicieuse et chrétienne, préviendra ou réparera les dommages qu'une volonté trop ardente et trop absolue aurait pu causer.

Il vous donne la femme bonne, mulier bona ; oh ! la bonté, quel trésor dans un intérieur ! La femme bonne répand le bonheur autour d'elle ; aimée de tous, même de ceux que son il vigilant dirige, comment ne serait-elle pas la joie de son époux ?! Aussi, dit l'Esprit-Saint : " Heureux le mari d'une femme bonne ", mulieris bonae beatus vir [Siracide, XXVI, 1. - NDLR.].

Il vous donne la femme innocente et modeste, mulier sancta et pudorata. Permettez un souvenir, Mademoiselle ; il est triste, sans doute, mais cependant il a bien son petit rayon de lumière et même de douce joie qui doit planer sur la fête de ce jour. - Remontez quelques années en arrière ; vous étiez encore dans les jours de votre enfance. Voyez-vous se placer devant vous, comme un symbole d'amour et de bonheur, cette figure bien aimée dont le temps ne saurait effacer le gracieux souvenir ? Années heureuses où une mère vous entourait de sa pieuse et sainte affection ! Années heureuses où, répondant à sa tendresse maternelle par les plus généreux élans de votre cur d'enfant, vous grandissiez sous ses yeux, formée par ses conseils et ses exemples à ces premières vertus chrétiennes qui ont servi de base à votre vie de jeune fille. Hélas ! elle n'avait pas encore achevé sa tâche, et déjà la divine Providence la frappait ; elle remontait au ciel, et vos affections les plus simples étaient brisées. Oh ! si elle avait vécu, comme vous l'auriez aimée à mesure qu'elle vous aurait prodigué davantage les trésors de son cur maternel ! comme vous auriez avec délices épanché dans son sein et vos peines et vos joies ! Précieux trésor qu'une mère, surtout pour la jeune fille que mille dangers environnent sans même qu'elle en ait la conscience ! Mais votre mère priait pour vous dans le Ciel. Elle veillait sur son enfant bien aimée, et confiée, par un père qui avait concentré en vous toutes ses affections, à des mains habiles, vous avez grandi à l'abri du danger sous l'égide de pieuses et vénérables maîtresses. C'était la divine Providence, mon cher Ami, qui préparait ainsi la femme de son choix, et c'est elle qui vous la donne aujourd'hui pour être votre honneur et votre gloire.

Dieu vous donne la femme gracieuse, mulier graciosa, c'est-à-dire la femme aimable, de cette amabilité chrétienne qui vient de la paix de la conscience et du sentiment du devoir accompli en même temps que du charme d'un esprit solide et cultivé.

Jeune fille, elle a fait la joie de la maison, elle a été le rayon de soleil qui a illuminé le chemin de la vie sous les pas de son respectable et bien aimé père, et maintenant, elle sera le soleil qui répandra la vie dans votre propre famille, la lampe toujours ardente qui éclairera les curs, la colonne d'or qui soutiendra l'édifice.

Recevez donc votre épouse des mains de Dieu même ; recevez-la des mains de son père. En vous la donnant, il vous donne ce qu'il a de plus cher. Il vous confie son enfant, rendez-la heureuse. Soyez vous-même pour lui un fils tendre et reconnaissant. Qu'au lieu d'un cur qui l'aime il en ait deux, afin que sa bénédiction demeure sur vous tous les jours de votre vie, et qu'elle attire celle de Dieu pour le temps et pour l'éternité.

Ainsi soit-il.

µ

In La gazette de l'île Barbe n° 70

Automne 2007

 Sommaire